Les douanes congolaises démasquent un vaste réseau  de fraudeurs

De grosses firmes françaises, auteurs d’une incroyable évasion fiscalo-douanière au détriment du Congo

 

L’ARC est, depuis, morte de sa belle mort !

Notre enquête exclusive à  travers le labyrinthe des fraudeurs

 

Notre attention a été attirée par les quatre  notes publiées par le ministre Pierre Moussa, ministre d’Etat, Ministre du plan et de l’Aménagement du Territoire, assurant l’intérim du ministre de L’Economie, des Fiances et du Budget. Toutes les quatre notes sont datées du 29 Mai 2008, et ont été publiées par notre confrère  LES DEPECHES DE BRAZZAVILLE  N° 495, 496 et  497 du mois de juin 2008.  En tant qu’enquêteur avisé, nous avons réalisé qu’il y a forcement un malaise dans le pays. Quelque chose semble ne pas aller entre certains importateurs d’une part, les compagnies d’assurance et la Douane d’autre part. Dans une enquête que nous avons patiemment menée, il se révèle que de grosses firmes multinationales toutes ou presque, basées en France, se livrent à  une magouille à  grande échelle provoquant alors une impressionnante évasion de recettes qui, au lieu d’entrer dans les caisses de l’Etat, vont  directement se loger dans les poches des particuliers ayant formé un vaste réseau de fraudeurs. Parmi ces fraudeurs, il y a des congolais qui, se sucrent copieusement sur le dos de l’Etat. Leurs intérêts particuliers sont placés devant ceux de l’Etat.  Les riches qui nous entourent sont alors des détenteurs d’une sale fortune. De l’argent sale qui passe par d’obscurs sentiers de blanchiment.

Voici les faits tels qu’ils se présentent

Le 31 octobre 1977, le gouvernement de la République avait pris et publié l’Arrêté N°8562 portant obligation d’assurer auprès de l’ARC les importations de biens et marchandises de toutes natures dans la République Populaire du Congo. Cet arrêté est signé par François BITA, en qualité de Ministre délégué auprès du premier ministre, chargé du plan, assurant l’intérim du ministre des finances en mission. Les trois articles de cet arrêté sont les suivants :

Article 1er : Les Assurances des importations au Congo des biens et marchandises de toutes natures doivent être souscrites auprès de la société Assurances et Réassurances du Congo (ARC).

Article 2 : Les services des douanes devront désormais exiger un certificat d’assurance délivré par l’ARC avant d’autoriser la

sortie des biens et marchandises des dépôts.

Articles 3 : Le présent arrêté qui prend effet à  compter du 1er Novembre 1997, sera publié au journal officiel de la République.

On comprend très bien l’esprit de cet arrêté qui fait obligation aux importateurs de souscrire une assurance au Congo pendant le dédouanement de leurs marchandises. La souscription de cette assurance, fait gagner de colossales sommes d’argent à  l’Etat congolais, car, l’ARC est bien une société de l’Etat.

Dans leur malice, certains importateurs et quelques cadres de l’ARC mettent en place un système d’encaissement qui échappe au contrôle des douanes congolaises à  qui le gouvernement a prescrit la responsabilité de veiller sur la bonne application de cette mesure, en exigeant aux importateurs de présenter un certificat d’assurance avant la sortie des biens et marchandises des dépôts. C’est ainsi qu’en juin 1983, le directeur de la production de l’ARC, a adressé une correspondance au Directeur Général des Douanes dont voici le contenu : « Nous venons par la présente lettre vous demander de bien vouloir considérer les comptes d’achats des sociétés suivantes qui feront office des certificats d’assurance avec la mention suivante :

L’Assurance obligatoire conformément à  la loi 8562 du 31 octobre 1977 a été accordée par l’ARC et la prime d’assurance correspondante a été réglée à  l’ARC en France conformément  à  ses instructions. Il s’agit de:

- CFAO-CONGO qui comprend : Général Import, Electro Hall, Structor, Agence Centrale, Qualitex ;

- SODACO ;

- SOVINCO ;

- SCBK (Brasco) ;

- IMPRECO

Au directeur de la Production de l’Arc de conclure sa correspondance au Directeur Général des Douanes en ces termes : « Nous souhaitons que vous donniez des instructions à  vos bureaux de Pointe-Noire et Maya-Maya Brazzaville»

Depuis cette date, la douanes ne constatent  plus que la simple mention :

« : L’Assurance obligatoire conformément à  la loi 8562 du 31 octobre 1977 a été accordée par l’ARC et la prime d’assurance correspondante a été réglée à  l’ARC en France conformément à  ses instructions. »

L’ARC ouvre les portes de la fraude On comprend que l’ARC avait, semble t-il, ouvert un compte en son nom en France. C’est dans ce compte que les importateurs visés par l’arrêter 8562 du 31 octobre 1977 doivent désormais verser les primes d’assurances souscrites à  l’ARC. En clair, seul l’ARC engrange les bénéfices de cette mesure.  Les douanes et les impôts, qui, en pareille circonstance, ont  leur dé» à  retirer de cette opération, se trouvent mis de côté. On ne comprend pas pourquoi les autorités de l’ARC de l’époque ont pris pareille mesure ? Pourquoi le paiement de cette prime sur place au Congo faisait-il ombrage ?  On peut vite conclure que cette correspondance des autorités de l’ARC au DG des Douanes n’a été qu’un prétexte permettant aux importateurs de ne pas payer effectivement cette assurance obligatoire et de procéder par un simple arrangement entre ces importateurs et certaines autorités de l’ARC. En pareils cas, il est douteux que  l’argent soit véritablement versé dans les caisses de l’ARC, donc de l’Etat. 

L’esprit de la correspondance des autorités de l’ARC s’est visiblement venu jeté du flou dans l’interprétation et surtout l’application de l’Arrêté 8562 du 31 octobre 1977. On comprend dès lors que la correspondance de l’ARC n’oblige plus les précitées de souscrire obligatoirement une assurance au Congo.  Les sociétés CFAO, GENERAL IMPORT, ELECTRO HALL, STRUCTOR, AGENCE CENTRALE, QUALITEX, SODACO, SOVINCO, BRASCO, IMPRECO échappent alors à  la mesure du gouvernement, favorisées ainsi par la correspondance de l’ARC à  la Douane.  On peut bien se demander quelle a été la réponse du Directeur Général des Douanes de cette époque ?

On ne peut s’empêcher de tirer la conclusion selon laquelle, les dirigeants de l’ARC, en complicité avec les sociétés précitées,

avaient mis en place un système de fraude au préjudice de l’Etat congolais car l’assurance locale n’était plus jamais souscrite au Congo, peut-être aussi en France comme semble le faire croire la note des dirigeants de l’ARC.

Le coup ne s’arête pas à  ce niveau. Voilà  que la libéralisation du marché des assurances va permettre de créer d’autres sociétés d’assurance qui vont concurrencer la société d’Etat qu’est l’ARC. C’est l’Arrêté N°1838 du 24 décembre 1999, signé du ministre de l’Economie des Finances et du Budget, monsieur Mathias Dzon.

Cet arrêté porte obligation d’assurer auprès des sociétés d’assurance agréées au Congo les importations de biens et marchandises de toutes natures dans la République du Congo.  Cet arrêté n’est différent de celui du 31 Octobre 1977 que par le simple fait que ce n’est plus l’ARC seul qui empoche le pactole. Il y a désormais d’autres sociétés privées installées au Congo qui rentrent dans la course au trésor. La conséquence immédiate de cette libération est évidement la création des sociétés concurrentes à  l’ARC. C’est ainsi que la société Assurance Générale du  Congo  (AGC) dirigée par une ancienne autorité de l’ARC s’octroie tous les droits de cette assurance locale, objet de toutes les convoitises. Appliquant l’esprit de la lettre de l’ARC signée de son directeur de la production, AGC remplace copieusement l’ARC et engrange toute seule la manne d’or depuis l’étranger. On dira normal, car, l’importateur est dès lors devant plusieurs sociétés d’assurance et il peut faire son choix.

Il se trouve que l’incidence de cette opération effectuée à l’étranger occasionne d’énormes pertes qui se traduisent de la manière suivante :

-L’impôt direct lié à  la souscription de la police maritime locale de 18% de TVA et 5% de centime additionnel prévu par la réglementation en vigueur n’est pas acquitté ;

- La masse monétaire liée à  la police locale, qui implique le dépôt de cet argent dans les banques locales est inexistante, constituant ainsi un manque à  gagner pour le fisc ;

- Les dispositions des arrêtés précités étant d’ordre public, on ne peut y déroger par des dispositions particulières. Ainsi, aucune société (ARC, AGC) et autres ne peuvent fouler au pied les arrêtés du gouvernement par cette correspondance adressée au DG des douanes et s’y fier comme étant une disposition légale au-dessus des dispositions d’Etat.

Depuis le 1er Juin 1983, date de la signature de la lettre du directeur de la production de l’ARC au DG des Douanes, les importateurs précités n’ont plus jamais payé l’assurance locale. Le laissez-passer leur avait été attribué par leurs complices de l’ARC qui avaient le monopole et de l’AGC, l’un des   concurrents de l’ARC,  depuis la libéralisation du marché des assurances. Toute cette fraude se fait en méconnaissance des dispositions de la Conférence Internationale des Marchés d’Assurances (CIMA) au Titre II portant sur l’Assurance des Facultés à  l’Importation en son article 278 indiquant ce qui suit :

« L’assurance des facultés à  l’importation revêt un caractère obligatoire dans la mesure o๠les législations nationales le prévoient. Elle est alors régie par les dispositions spécifiques de ces législations. »

Des sociétés écrans se créent

Comme dans toute fraude à  grande échelle, il faut créer des sociétés écrans pour mieux masquer ladite fraude, c’est alors qu’une société dénommée INGEGNERIE  PROSPECTIVE (IP) voit le jour et installe son siège à  l’immeuble de l’ARC. Qui se ressemblent s’assemblent. 

Les activités de cette société n’inspirent pas confiance au Directeur des Assurances qui ne tardera pas à  réagir dans une correspondance adressée à  INGEGNERIE PROSPECTIVE le 31 Mai 2007 dont voici le contenu : « Dans le cadre du protocole que vous avez conclu avec l’Association Professionnelle des Sociétés d’Assurance du Congo (APSACO) sur la certification des attestations d’assurances facultés à l’importation, nous vous avons demandé, par courrier n°182/MEFB/DNA en date du 17 avril 2007, de fournir à  l’autorité de régulation des informations utiles à  la surveillance de cette branche.  N’ayant pas reçu de suite à  notre lettre, nous  vous enjoignons de cesser, sans délai, toute activité de contrôle des assurances.  Aussi, voudrions-nous vous rappeler que toute inobservation de la présente décision vous exposera aux sanctions prévues par le code des assurances»

Il  semble que ce cabinet INGEGNERIE  PROSPECTIVE (IP) a été créé pour contrôler l’authenticité des certificats d’assurance dont les faux avaient inondé l’administration des douanes et des assurances. En dehors de IP, il existe aussi un autre cabinet de certification, le cabinet S.E.C.A.A. SARL. Aujourd’hui les services des douanes et de la direction nationale des Assurances ont une certaine opinion de la pratique de ces cabinets. 

Malgré toute interpellation, la fraude savamment ourdie par les importateurs indiqués a continué à  sévir. Dans leurs pratiques

opaques, ces sociétés  ont induit la douane en erreur en lui indiquant de fausses valeurs pour mieux masquer la magouille. Au lieu d’indiquer la vraie valeur à  1%, plusieurs sociétés indiquent 0,15% en vertu d’on ne sait quelles données. Une véritable incompréhension s’était alors installée entre les services des douanes et lesdites sociétés. Les rappels à  l’ordre des services des douanes, faisant état des obligations qui incombaient à  ces sociétés de réajuster leurs calculs et surtout de  payer l’assurance locale, rien de tout cela, n’a ébranlé la mauvaise foi des importateurs.  Le 14 Décembre 2006, le Directeur des Finances, de la Comptabilité et de l’Equipement, assurant l’intérim du DG des Douanes en mission, a mis en demeure soixante huit (68) sociétés de payer, dans un  délai d’un jour, leur dette douanière qui s’élève à  un total de266.555.504 FCFA : « Dépassé ce délai, les dispositions prévues aux articles 321 et 323 du code des douanes de la CEMAC seront appliquées sans autres préavis. » Cette note signée du DFCE n’arrêtera jamais la fraude.  Elle continuera à  se pratiquer sous la barbe des autorités douanières qui n’ont comme moyens de répression que leurs simples notes de mise en demeure sans effets sur le terrain.

La douane congolaise affronte les lobbies de la droite française L’insoumission, des sociétés françaises bien outillées dans la fraude et le blanchiment d’argent sale, est implacable. Le Groupe LAGARDERE,  géré par les grands lobbies de droite française, a bien ses complices au Congo. Avec ses complices, ce groupe participe à l’effondrement de l’économie congolaise et annihile, de ce fait, tous  les efforts de développement de l’Etat congolais.  C’est encore un coup d’arrêt à  l’épanouissement du Congo que tout observateur peut constater avec amertume et désolation.  Il est malsain que ces pays nous répètent, à  longueur de journée, notre incapacité à  nous développer et à  fournir le meilleur à  nos peuples. Dans l’ombre, ce sont  ces pays qui rament à  contre courant du développement des Etats africains.

Signalons que depuis le début du 21ème siècle (an 2000), donc 8 ans déjà , la fraude orchestrée par trois  sociétés seulement : BRASCO, LABOREX et  CFAO, a globalement atteint une valeur imposable de 224.109.625.929 FCFA,  Une prime d’assurance locale de 2.241.096.259FCFA,  des droits et taxes douaniers de 1.290.871.446 FCFA, des amendes sur prime d’assurance de l’ordre de 560.274.067 FCFA et une grosse  amende douanière pouvant rapporter la bagatelle de  224.109.625.929FCFA. Voici l’étendue de l’horreur !  Il se trouve que ce calcul ne porte que sur 8 ans. Si nous nous amusons à  l’étendre sur les 25 ans de fraude, car, elle a visiblement commencé le 1er juin 1983 avec la note du Directeur de la production de l’ARC au DG des douanes de cette époque.

Les services des douanes ayant minutieusement travaillé sur cette fraude, ont réalisé un grand coup qui mérite les félicitations des autorités de la République. Le Directeur Général des Douanes peut se féliciter d’avoir accompli un très bon travail et permis à  l’Etat de pouvoir remettre de l’ordre dans son administration. Nous espérons que l’inspection générale d’Etat qui a désormais la charge de cette affaire de fraude saura tirer les leçons qu’il faut pour mieux réparer le préjudice subi par l’Etat congolais au profit  des sociétés françaises du groupe LA GARDERE.  Qu’une fois au moins dans notre pays, l’impunité ne soit pas toujours érigée en règle de gestion.

Il ne reste plus qu’à  l’Etat d’intenter un procès en bonne et due forme contre les fraudeurs congolais tout comme étrangers. Nul n’est au dessus de la loi, semble-t-il. Et dans le cas d’espèce, les fraudeurs qui ont occasionné pareilles pertes à  l’Etat, ne peuvent se prélasser en liberté comme si de rien ne s’était produit. L’autorité de l’Etat se mesure en pareilles circonstances. O๠l’Etat se veut fort et s’impose à  tous, o๠il se fait faible et se voit broyer par tous les mécanismes organisés et entretenus par les paradis fiscaux nichent impunément les fonds vautours.

 

 ASIE Dominique de Marseille