Avec près de 70 parties civiles réunies, la plupart sont des ONG dites de
droit de l’Homme, le Président de l’association des parents des disparus du
Beach et leurs avocats Patrick Baudouin et Bourbon, ont pris l’option d’attirer l’attention de l’opinion
internationale à leur vision des faits.
Une vision somme toute très tronquée. Les données qu’ils développent dans
leurs exposés, sont complètement erronées pour ceux qui connaissent bien les
hommes et les lieux cités dans cette affaire.
S’agissant du procès qui a eu lieu à Brazzaville, Marcel Touanga discrédite
ledit procès et mais en cause toute la démarche congolaise.
Devant une foule de fanatiques, dans la salle du Centre d’Accueil de la Presse
Etrangère (CAPE), Marcel Touanga a affirmé que :
« La présence de gardes armés dans la
salle d’audience était plutôt dissuasive pour les familles des victimes, qui
comptaient en revanche sur la présence des caméras et des micros pour faire
connaître la vérité à leurs compatriotes.
Il faut un courage fou pour dénoncer à visage découvert un Adoua, un Ndenguet ! Avec Sassou Nguesso, nous ne sommes
pas des amis, mais nous étions des camarades. J’ai été membre du Comité central
du Parti congolais du travail, l’ancien parti unique. Malgré cette relation, il
n’a pas hésité de me faire ce coup.
Ecoutez, le 8 mai 1999, à 16 heures, j’ai vu pour la dernière fois mon fils Narcisse.
Il a été gardé à l’écart, après la
fouille des rapatriés rangés sur trois files, hommes, femmes et malades, à leur
descente du bateau. Je comptais sur ma position. Je l’ai embrassé. Je lui ai promis de le tirer de là.
J’ai ensuite mené de longues et vaines tentatives dans la chaîne de
commandement pour soustraire mon fils. Je suis allé jusqu’au charnier où j’ai
tenu de mes
mains
des corps plus ou moins décomposés, à la recherche d’un bras marqué de
cicatrices comme celui de mon fils.
Narcisse Touanga est le dernier inscrit sur la
liste alphabétique des 80 disparitions forcées validées par le Groupe de
travail ad hoc du Haut commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies.
Les autorités congolaises se trompent, si elles croient avoir effacé les disparitions
avec le procès de Brazzaville. Une vraie mascarade. »
Les avocats Baudouin et Bourbon prenant tour à tour la parole ont insisté
sur ce qu’ils appellent une mascarade de
procès. Pour eux, l’instruction a été
bâclée. « Les victimes ont
disparu à l’occasion d’un rapatriement encouragé par le président Sassou Nguesso, en personne et
organisé dans le cadre d’un arrangement tripartite entre le Congo, la RDC et le
Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies. Ce dernier est absent du
procès où ses listes de réfugiés auraient pu être utiles, même si la protection
qu’il était censé leur assurer s’est arrêtée au Beach de Brazzaville où
attendaient les bourreaux, ou plutôt, les services chargés du tri. Reste que,
selon les plaignants, de Kinshasa, où le HCR les avaient rassemblés, jusqu’à
Brazzaville, de l’autre côté du fleuve
Congo, «les réfugiés ont été convoyés dans les bateaux par des officiers
en civil de la Direction centrale des
renseignements militaires, la DCRM. «Au
Beach, les réfugiés étaient éparpillés dans plusieurs sites où certains d’entre eux ont
été exécutés en particulier à proximité du siège de la Garde républicaine
commandée par le général Adoua, dans l’enceinte du palais présidentiel, et aux
abords de la direction des renseignements militaires répondant au général Ntsourou. Le procureur a requis sept ans ferme de travaux
forcés contre le commissaire de police chargé du Beach, à l’époque des faits,
le colonel Jean-Aive Allakoua.
Mais la Cour a refusé de se rendre dans les sites d’exécution présumés. Elle a
aussi limité à une poignée de témoignages l’audition des plaignants, écourtant,
par exemple, le témoignage d’une femme qui affirme que son mari a été tué dans
les locaux de la DCRM. Logiquement, dans une affaire aussi grave, le parquet
général doit apporter la preuve. Il en a les moyens. Or il s’est comporté de
façon neutre renvoyant la charge de la preuve aux victimes.»
Les conférenciers, pour mieux fixer l’assistance, ont tenu à rappeler les
faits à leur manière et de façon suivante : « Une procédure avait été ouverte à
Meaux (Seine-et-Marne) en 2002 en raison de la domiciliation en France d’un des
protagonistes présumés de l’affaire, le général Norbert Dabira,
inspecteur général des armées, cité dans une plainte déposée par les
parties civiles dont plusieurs associations de défense des droits
de l’Homme. Cette plainte visait plusieurs hauts responsables congolais, dont
le président Denis Sassou Nguesso.
Après l’annulation de cette procédure par la cour d’appel de Paris, nous avons formé
un pourvoi en cassation qui a été examiné le 29 novembre 2002.
Dans leur arrêt, les magistrats
de la chambre criminelle de la Cour de cassation ont estimé que la chambre de
l’instruction de la cour d’appel de Paris avaient «méconnu le sens et la portée» du code de
procédure pénale en annulant l’enquête sur ce dossier. A présent, la Cour de cassation
a désigné la chambre
de l’instruction de la Cour d’appel de Versailles pour reprendre l’instruction
de cette affaire. »
Comme pour mieux rassurer l’assistance, Touanga,
Baudouin et Bourbon affirment que : « Aujourd’hui, la Chambre criminelle de la
Cour de cassation française a décidé de casser et annuler « en toutes ses dispositions.
Elle a décidé ainsi de renvoyer devant
la juridiction de Versailles laissant la voie ouverte à la réouverture de
l’enquête. Les parties civiles se félicitent de cet arrêt qui devrait permettre
aux victimes d’obtenir justice et de demander réparation devant un tribunal indépendant.
Ainsi se trouve balayée la mascarade de
procès qui s’est tenue devant la Chambre criminelle de Brazzaville, conduisant
en août 2005 à l’acquittement de l’ensemble des personnes poursuivies.
On remarque que depuis l’origine de cette affaire, le politique était omniprésent
et avait tenté de tenir en laisse la justice comme en atteste notamment la
libération de Jean François NDENGUET, directeur de la police congolaise, dans la nuit du 2 au 3 avril
2004 par la Cour d’appel de Paris. Le juge d’instruction chargé du dossier
avait d’ailleurs saisi le Conseil Supérieur de la Magistrature à propos des pressions
subies dans le cadre de son enquête.
La plus haute juridiction française rappelle aujourd’hui l’importance de
la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le
judiciaire et ce faisant rétablit un équilibre en faveur du droit.
La Cour de cassation confirme ainsi que la justice française est compétente
pour poursuivre et réprimer les auteurs de crimes de torture commis qui ont
conduit au massacre de plus de 350 personnes au Beach de Brazzaville, en avril
et mai 1999. Elle renvoie ce dossier devant la juridiction de Versailles.
Nous pouvons maintenant affirmer que l’instruction qui a duré plus de deux
ans et demi a permis de rassembler énormément d’éléments et de témoignages à
charge impliquant les plus hauts responsables de l’Etat congolais.»
A Patrick Baudouin de conclure cette conférence de presse en ces termes :
«C’est une victoire majeure pour les victimes de torture et de disparitions
forcées au Congo Brazzaville auxquelles le droit à la justice avait été refusé
au profit de la raison d’Etat ».
ASIE Dominique de Marseille
(Envoyé spécial à Paris)