CEMAC 

 

L’approvisionnement en produits pétroliers nécessite une action conjointe sous-régionale

 

La République du Congo, à  l’instar des autres pays de la Zone CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale), rencontre d’énormes difficultés quant à  son approvisionnement en produits pétroliers. Face à  cette situation, des spécialistes estiment qu’une action conjointe au niveau de la sous-région permettrait de réduire ces difficultés, à  défaut d’y mettre fin.

Au Congo, l’approvisionnement en produits pétroliers se fait à  70% à partir de la Congolaise de Raffinage (CORAF). Pour satisfaire ses besoins, le Congo importe le complément en procédant par appel d’offres ou par contrat à  terme auprès des fournisseurs, précisément à  partir de la société ivoirienne de raffinage (SIR) et de Kinshasa, en République Démocratique du Congo (RDC). La stratégie de base est de diversifier les sources d’approvisionnement. Ces importations occasionnent des surcoûts exorbitants. En se procurant des produits pétroliers du marché international en passant par la RDC, le Congo-Brazzaville procède à  une négociation des creux auprès de la SEP-Congo pour le stockage desdits produits moyennant un loyer, c’est-à -dire un coût appelé frais de passage dépôt. Ce coût s’ajoute aux frais de transport engagés en amont et liés au transport par pipe-line au départ du port « Ango-Ango » jusqu’à  Kinshasa. A cela s’ajoute le coût de l’évacuation des produits par barge citerne de Kinshasa pour Brazzaville. Il s’agit là  d’un coût complémentaire au prix d’acquisition sur le marché international. Il sied de rappeler que les importations par Kinshasa sont une conséquence des limites du parc de traction du chemin de fer Congo-Océan (CFCO), dues à  plusieurs raisons parmi lesquelles : la vétusté des installations.

Afin d’apporter de solutions à  cette question, des mesures nécessaires doivent être prises, au nombre desquelles l’achèvement du processus de privatisation de la filière pétrole avale, la construction des stocks stratégiques et de sécurité, la création d’un fonds de stabilisation, la construction des stocks dans les dépôts pour garantir la sécurité et la souveraineté nationales, la construction des pipe-lines, etc. Ne serait-il pas une illusion de prétendre résoudre la question de l’approvisionnement en produits pétroliers sans ces mesures?

Encore faut-il souligner que ces mesures au niveau national ne pourront avoir de la valeur que si d’autres sont prises au niveau sous-régional.

En ce qui concerne, par exemple, la structure des prix, le Congo a intérêt à  engager des négociations auprès des partenaires sur la côte africaine afin d’obtenir des prix préférentiels. De même, il a intérêt à  être partie prenante avec d’autres Etats de la sous-région à  la recherche de solutions les plus favorables. Pour ce faire, il peut être initié une rencontre des directeurs généraux des organes de régulation et des sociétés chargées de la question des hydrocarbures des pays de la CEMAC. Cette rencontre viserait à  évaluer la situation et à  formuler des propositions de solutions aux Gouvernements. Parmi ces propositions, il pourrait s’agir des importations regroupées dans le but d’obtenir des produits pétroliers à  des quantités et prix intéressants. Les conclusions de  cette rencontre pourraient être examinées au niveau ministériel, avant de l’être au plus haut niveau des Etats.

L’espace CEMAC dispose de quelques importantes raffineries. Ce qui est un atout important pour la mise en place d’un cadre sous-régional approprié pouvant permettre aux Etats de s’organiser pour des prévisions stratégiques en matière d’approvisionnement en produits pétroliers. Sur ce point, le Directeur Général de l’Agence de Régulation de l’Aval Pétrolier (ARAP), M. Charles Alain Obanga, estime que les pays de la CEMAC peuvent convenir de l’acquisition du pétrole brut à  raffiner pour l’approvisionnement de tous, ou encore procéder à  des commandes groupées des produits pétroliers à  partir des raffineries des autres pays de la sous-région.

«Il nous paraît indéniable que nos Etats, en prenant la mesure de cette problématique, auront pris là  une bonne option qui conduira à  terme à une augmentation de leurs capacités à  satisfaire chacun des marchés nationaux, à  défaut de ne se limiter que sur le plan strictement national. Une telle disposition devrait assurément déboucher sur une minimisation des prix des produits pétroliers au niveau des consommateurs», a-t-il indiqué.

 M. Charles Alain Obanga a insisté sur le fait que la recherche de solutions aux questions d’approvisionnement en produits pétroliers et de la cherté des prix devait être amorcée à  l’échelle sous-régionale. « Il serait souhaitable que soient initiés des sommets à  l’issue desquels les Chefs d’Etat pourraient décider de la création d’un fonds d’appui dont l’alimentation devrait être effectuée par une part des gains dégagés par les pays producteurs du pétrole de la CEMAC, notamment  à  partir de la montée des prix.

L’idée serait qu’une partie de ces gains serve à  financer le gap occasionné par les surcoûts au niveau des pays importateurs. Une telle démarche contribuerait à  soulager les questions d’importation des produits pétroliers dans la sous-région », a rassuré le Dr. Charles Alain Obanga.

En disposant d’une grande raffinerie dans la sous-région, des grosses cargaisons de brut pourraient provenir des champs pétroliers éloignés pour y être raffinés en vue de leur utilisation dans nombreux pays de la sous-région qui voudraient en importer ; le cas du Congo, du Rwanda, du Burundi, de la RDC, de la République Centrafricaine (RCA), etc. En d’autres termes, les pays de la CEMAC doivent envisager la mise en place d’une centrale d’achat du pétrole afin d’obtenir des produits pétroliers à  moindres coûts. Une telle démarche permettra de faire face au problème de stockage. Ensuite, l’érection des réservoirs pétroliers complémentaires ou l’extension des capacités des structures existantes dans la zone côtière est une condition sine qua non de la sécurisation des approvisionnements dans la sous-région.

Au regard de tout ce qui précède, et vu que la hausse des prix des hydrocarbures constitue un phénomène général auquel sont confrontés tous les pays du monde, tout consommateur ou toute partie prenante au niveau national est tenu de favoriser la recherche de solutions adéquates en faveur d’un environnement économique propice, qui rassurerait les bailleurs de fonds.

           Gos Gaspard Lenckonov