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La journée d’ouverture était
constituée de plusieurs allocutions
C’est le Président de la République
d’Italie, Son Excellence Giorgio Napolitano qui a, le
3 juin 2008, ouvert les travaux par une allocution de bienvenue à ses hôtes
de marque. Au total, 27 intervenants ont pris la parole du haut de la
tribune de la FAO, organisatrice de cette réunion de haut niveau sur la sécurité
alimentaire, les changements climatiques et la bioénergie. En dehors des chefs
d’Etat, ont également intervenu le Directeur Général de la FAO, Jacques Diouf
et l’envoyé spécial du Pape Benoît XVI, son éminence cardinal
Tarcisio Bertone. Dans une
salle bien pleine et soumise aux matraquages médiatiques et sécuritaires, les orateurs
ont, tour à tour, dépeint la situation de la crise alimentaire mondiale
telle que chaque Etat la vit. Les uns ont pensé qu’il y a moins de politiques
raisonnables en la matière, d’autres ont plus cru au déséquilibre entre l’accroissement
de la population et l’inégale répartition des produits alimentaires. D’autres
encore ont fait un bilan négatif de la FAO. Le président Sénégalais Abdoulaye
Wade est allé jusqu’à proposer la fermeture de la FAO qui, d’après lui, a
lamentablement échoué dans sa mission. De toutes ses allocutions, nous avons
retenu quelques unes qui ont plus attiré notre attention.
Le Directeur Général de la FAO : «
Faire face à une crise alimentaire mondiale » Pour le Directeur général
de la FAO, M. Jacques Diouf, les dirigeants du monde entier doivent faire face à
cette crise alimentaire mondiale aux conséquences sociales et politiques
tragiques, entraînant émeutes et morts, mettant ainsi en péril la paix et la sécurité
dans monde. Le DG de la FAO a également souligné que :
« Ces tristes événements ne sont cependant que la chronique d’une catastrophe
annoncée. En 1996¦ 112 chefs d’Etat et de gouvernement ainsi que les représentants
de 186 membres de l’organisation avaient pris l’engagement solennel de réduire
de moitié, à l’horizon 2015, le nombre de personnes qui ont faim dans le
monde, et ils avaient adopté un programme pour atteindre cet objectif. Mais dès
2002, nous étions obligés de convoquer un second sommet mondial pour attirer l’attention
de la communauté internationale sur le fait que les ressources qui devaient
financer les programmes agricoles dans les pays en voie de développement, au lieu d’ en augmenter, étaient en train de baisser. ». Le DG de la
FAO a fait observer cette triste réalité par des mots subséquents.
Ainsi le programme contre la faim
qui avait des financements à hauteur de 24 milliards de dollars par an
descend au plus bas, jusqu’à atteindre les petites sommes de 8
milliards de dollars en 1984 et 3,4 milliards de dollars en 2004. Les conséquences
de cette baisse sont nombreuses, parmi lesquelles la baisse drastique des
ressources enregistrée par les institutions financières internationales
touchant ainsi 70% de pauvres dans le monde.
On constate avec consternation
que le portefeuille de prêt à l’agriculture d’une institution est passé de 33%
en 1979 à 1% en 2007. Pourtant c’est avec la FAO que les pays en développement
ont préparé leurs politiques, stratégies et programmes qui auraient permis d’assurer
la sécurité alimentaire du monde, si ces pays avaient bénéficié de l’aide
appropriée.
Jacques Diouf a dit avoir : «
attiré l’attention de l’opinion publique sur les risques de conflits sociaux et
politiques dus à la faim J’ai lancé un appel à la mobilisation de
1,7 milliards de dollars non remboursables pour permettre aux agriculteurs des
pays pauvres d’avoir accès aux engrais, aux semences et aux aliments du bétail
dont les prix ont augmenté respectivement de 98, 72, 60%. Tout cela est resté
sans effet, malgré une large diffusion dans la presse et en dépit des correspondances
adressées aux Etats membres ainsi qu’aux institutions financières. » Cet appel
n’ayant pas été entendu a donc engendré la crise actuelle. En constate, qu’en réalité,
c’est seulement lorsque les démunis et les exclus du banquet des riches sont
descendus dans la rue pour exprimer leur désespoir et leur révolte, que les
premières réactions salutaires, en faveur de l’aide alimentaire, ont commencé.
Le tableau mondial est très
sombre. Il y a 862 millions de personnes dans le monde qui n’ont pas un accès
adéquat à la nourriture. Ils ont besoin d’améliorer leurs conditions de
vie dignement, en travaillant avec les moyens de leur époque. Le devoir de vérité oblige M. Jacques
Diouf à relever certains faits. C’est ainsi qu’il a déclaré :
«
Personne ne comprend que dans le cadre de la lutte contre le réchauffement
climatique on puisse créer un marché de carbone de 64 milliards de
dollars dans les pays développés ; mais que l’on ne soit pas en
mesure d’avoir des financements pour éviter la déforestation annuelle de 13
millions d’hectares, surtout dans les pays en développement dont les écosystèmes
forestiers tropicaux servent de puits de carbone pour environ 190 gigatonnes.
Personne ne comprend que des
soutiens de 11 à 12 milliards de dollars en 2006 et des politiques
tarifaires protectrices aient eu pour effet de détourner de la consommation
humaine 100 millions de tonnes de céréales pour, notamment, étancher la soif de
carburant des véhicules.
Mais surtout
personne ne comprend¦ que les pays de l’OCDE aient provoqué la distorsion
des marchés mondiaux avec 372 milliards de dollars de soutien à leur
agriculture en 2006 ; ensuite que, dans un seul pays, les déchets alimentaires
annuels atteignent 100 milliards de dollars ; de plus, que l’excès de
consommation des personnes obèses dans le monde coûte, chaque année, 20
milliards de dollars auxquels il convient d’ajouter 100 milliards de dollars de
coût indirects résultant de morts prématurés et de maladies dérivées ; et enfin
que l’on ait, en 2006, dépensé 1204 milliards de dollars en armements. »
A jacques Diouf de conclure son
propos, non sans humour : « Est-il possible dans ces conditions d’expliquer,
aux personnes de bon sens et de bonne foi, que l’on ne peut pas trouver 30
milliards de dollars par an pour permettre à 862 millions d’affamés de bénéficier
du droit humain le plus fondamental, celui lié au droit de la population à
une nourriture saine, donc à la vie ? »
A en croire les propos du
Directeur Général de la FAO, le problème de l’insécurité alimentaire est de
nature politique. C’est une question de priorités face aux besoins humains les
plus fondamentaux. Et ce sont les choix des gouvernements qui déterminent les
allocations de ressources. Dans son allocution, Ncolas
Sarkozy a dit que la France doublera son aide alimentaire envers les pays pauvres.
De même il a indiqué que chaque jour, 25.000 êtres humains meurent de malnutrition
ou de sous-nutrition et que 850 millions de personnes souffrent de faim. C’est
conscient de ce danger déjà réel que le chef de l’Etat françaisa réalisé qu’il « faudra doubler la production alimentaire
mondiale d’ici à 2050 pour répondre au défi que constitue l’augmentation
de la demande mondiale. Mais nous savons aussi que nous devrons le faire en préservant
la planète. » Nicolas Sarkozy est conscient que la crise alimentaire et la
crise climatique sont un double test de l’esprit de responsabilité des décideurs.
Il est pertinemment convaincu que rien ne se fera sans audace et sans volonté.
Il reste à constater que le
jugement des futures générations sera sans complaisance à l’égard des décideurs
actuels. Le président français trouve deux manières pouvant permettre de répondre
à l’impératif de sécurité alimentaire dans les pays en développement.
La première est de considérer qu’il
suffit de fournir des produits alimentaires au plus bas coût sur le marché
mondial.