Affaire des disparus du Beach

 

  La Cour de cassation française annule les poursuites contre Ndenguet et valide la procédure de Paris

 

  Le mercredi 9 avril 2008, la ville de Paris est d’un intérêt tout à fait particulier pour les Congolais qui attendent fiévreusement le verdict  de la justice française sur la très ténébreuse Affaire des disparus du  Beach.

  Le froid qui accable les passants, ne décourage pas du tout de nombreux Congolais venus écouter le jugement français. Déjà à 9 heures, quelques têtes congolaises déambulaient à la devanture du palais de justice. Une heure après, un groupe très agité, fait remarquer sa présence sur  les lieux. Fait curieux, personne n’affiche clairement son appartenance pour ou contre les prévenus déjà jugés pour cette même affaire à Brazzaville.

  Constat évident, à l’instant, le silence et le stress dominent en chacun.

  Dans la salle les hauts magistrats français se sont déjà concertés et ne viennent plus que pour donner lecture de leur verdict. «Il est interdit de filmer et même d’enregistrer», nous prévient un agent de la force publique.

  A cet égard, les sacs sont systématiquement fouillés. Histoire d’éviter tout incident. Passé la fouille, on pouvait avoir accès à la salle d’audience. L’affaire précédente venait d’être jugée et les protagonistes, l’air confus pour les uns et la mine de satisfaction pour les autres, sortent nonchalamment de la salle d’audience.

  C’est juste à ce moment qu’un homme moins grand apparaît et dit les mots suivants qui constituent finalement le verdict tant  attendu :

  Sur le cas Ndenguet : « Jean François Ndenguet, qui n’est visé ni dans la plainte ni dans aucun réquisitoire, ne peut faire l’objet de poursuites devant les juridictions pénales françaises sur le fondement de la compétence universelle.» Sur le cas Dabira, la chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté le pourvoi formulé par celui-ci. Elle a donc confirmé la mise en examen du Général Norbert Dabira pour cette affaire.

  Telle a été la conclusion de la chambre criminelle de la Cour de cassation française.

  Il faut signaler que les juges de la Cour de cassation française se sont prononcés sur deux pourvois. Le pourvoi du Général Jean-François Ndenguet sur la reconnaissance de son immunité diplomatique et ensuite le  pourvoi du Général Norbert Dabira qui conteste la légitimité française dans la poursuite de l’enquête en France.

  Le climat  à la veille de l’audience

 

  Aussitôt descendu de l’avion et sorti de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, j’ai immédiatement couru voir du côté de l’Agence Panafricaine d’Information (PANA) pour m’imprégner des propos tenus par un avocat des parties civiles. En effet, à la veille de l’audience, Me Philippe Missamou, a accordé une interview à la PANA. En substance Me Missamou a affirmé que les juges de la Cour de cassation vont devoir se prononcer

sur deux pourvois, celui de Ndenguet et celui de Dabira. Me Missamou a également indiqué  que : « cette affaire a connu de nombreuses péripéties.

  Après Meaux, nous nous sommes retrouvés ensuite devant la Cour d’Appel de Paris puis devant la Cour de cassation qui a renvoyé l’affaire devant  la Cour d’Appel de Versailles. Nous sommes à nouveau devant la Cour de cassation qui rend sa décision mercredi… En tout état de cause, l’audience de mercredi sera décisive : elle va permettre la poursuite ou non de l’instruction en France. Je rappelle simplement qu’en 2007, la Cour d’Appel de Versailles a estimé qu’on ne peut pas opposer à la justice française le jugement intervenu au Congo… »   Ces propos de Me Philippe Missamou, la veille de l’audience de la Cour de cassation de Paris, laissaient déjà entrevoir la possibilité de la procédure ouverte à Paris bien que le procès de Brazzaville ait eu lieu, le verdict prononcé et exécuté. Déjà ce 8 avril 2008, chacun pouvait se demander que signifie finalement la notion de l’autorité de la chose jugée ? Jusqu’où ira la justice française dans sa procédure qui n’est  pas du tout arrêtée. Conformément au verdict prononcé ce mercredi 9 avril 2008, la procédure ouverte en France sur cette Affaire des disparus du Beach continue son cours. D’après Me Missamou, la procédure française continue car elle avait été déclenchée avant celle de Brazzaville.

  C’est donc à ce motif que cette procédure trouve sa raison d’être.

  Pendant l’audience, l’avocat de Jean-François Ndenguet, Me Bouthors, a affirmé que, selon le principe de la chose jugée, son client ne pouvait être jugé une deuxième fois pour les mêmes faits. Le verdict de Brazzaville avait, en effet, acquitté Jean-François Ndenguet avec une quinzaine d’autres accusés, le 15 août 2005. C’était le verdict de la Cour criminelle du Congo Brazzaville. L’avocat de Ndenguet, Me Bouthors, a conclu que : «Si vous devriez éprouver un doute sur la justice congolaise, cela devrait être argumenté… la compétence de la juridiction française cédait devant l’immunité... »

  Les avocats dans les deux camps vont devoir déployer les arguments judiciaires pour mieux porter le coup au cœur de cette affaire qui perdure et continue de faire des vagues. Il reste vrai que le juge d’instruction  de Paris va devoir constater les différentes contradictions qu’il y a dans cette affaire et ne tardera à conclure sur un acquittement pur et  simple de prévenus.

 

  L’imbroglio dans cette affaire

 

  Le premier imbroglio va être la constitution de la liste des victimes.

   Les 353 disparus restent difficiles à énumérer nommément de 1 à 353. Sur la liste fournie par les parties civiles, certains réfugiés considérés comme disparus du Beach avaient déjà disparu avant le Beach.

Ils ont dû se ressusciter pour recourir uniquement au Beach de Brazzaville. Le deuxième imbroglio reste l’absence de preuves pour étayer  l’accusation. N’oublions pas que les chefs d’accusation sont bien définis : Crimes contre l’humanité, crimes de guerre, génocide.

Pour ces crimes, il est réclamé des preuves irréfutables qui devraient être fournies par les parties civiles. Les prévenus ont réunis tellement des éléments poignants pleins de contradiction qui devraient porter un coup dur à l’accusation. Maintenant toutes les  parties attendent et le public, lui, se demander à quand le dénouement définitif de cette affaire ?

 

           ASIE Dominique de Marseille

      (Envoyé spécial à Paris)