|
|
Arrestation à Bruxelles du
Congolais Jean-Pierre Bemba Gombo L'ex-vice-président de la République démocratique
du Congo (RDC), Jean-Pierre Bemba, arrêté samedi à Bruxelles, devient le
premier suspect entre les mains de la Cour pénale internationale (CPI) dans l'enquête
que son procureur mène sur les crimes commis à grande échelle en République
centrafricaine (RCA).
"Jean-Pierre Bemba Gombo est
la première personne à faire l'objet d'un mandat d'arrêt dans le cadre de
la situation en RCA", dit la CPI dans un communiqué. "L'enquête se
poursuit et ce ne sera pas le dernier", a ajouté le procureur Luis Moreno-Ocampo.
En 2004, la RCA, incapable de
mener les procédures judiciaires dans les graves crimes commis sur son
territoire, avait déferré la situation au procureur de la CPI. En lanà§ant son enquête en mai 2007,
celui-ci avait déclaré que "c'est la première fois que le procureur ouvre
une enquête dans laquelle les allégations de crimes sexuels excèdent largement
le nombre d'assassinats présumés".
Jean-Pierre Bemba, 45 ans, a été
arrêté samedi soir. Son mandat d'arrêt, émis le 16 mai, avait été tenu secret.
Cité comme suspect par la justice centrafricaine, Jean-Pierre Bemba avait nié
toute responsabilité dans des crimes commis en RCA, et affirmé qu'il avait lui-même
appelé l'ONU à une enquête. Pourtant, M. Moreno-Ocampo
le suspecte de deux chefs de crimes contre l'humanité et de quatre chefs de crimes
de guerre.
"Les (membres du) Mouvement
de Libération du Congo (MLC) menés par Jean-Pierre Bemba ont commis, dans le
cadre d'une attaque systématique généralisée contre la population civile, des
viols, des actes de torture, des atteintes à la dignité de la personne,
des traitements dégradants et des pillages" entre octobre 2002 et mars
2003, affirme-t-il. Ces crimes ont notamment été commis à Bangui et dans
les localités de Bossangoa et Mongoumba.
Le MLC est un groupe
politico-militaire qui est intervenu en RCA à l'appel du président Ange-Félix
Patassé, pour mater la rébellion. Un millier de membres du MLC avaient participé
aux combats contre le général Bozizé. Une fois la
tentative de coup d'Etat matée, les "Congolais" avaient fait régner
la terreur, tuant, pillant et surtout violant. En 2007, l'Organisation pour la
compassion et le développement des familles en détresse (Ocodefad)
centrafricaine affirmait avoir recensé un total de 1.045 victimes, dont 480
femmes et fillettes violées.
"Le nombre élevé de viols
commis par les troupes du MLC avec une brutalité sans nom est une caractéristique
particulière de cette affaire", a dit le procureur samedi, ajoutant que M.
Bemba avait déjà commis de pareils crimes en RDC. "Nous ne pouvons
effacer leurs blessures (des victimes, ndlr). Mais nous pouvons leur rendre
justice. Les témoignages des victimes seront autant de preuves. Les victimes
viendront raconter leur histoire à la Cour", a déclaré M. Moreno-Ocampo, affirmant avoir des "preuves" des crimes
de M. Bemba.
Le suspect doit être présenté
dans les prochains jours à un juge belge. Son transfèrement au centre de
détention de la CPI à La Haye devrait intervenir dans les prochaines
semaines. M. Bemba, élu sénateur après sa défaite face à Joseph Kabila à
la présidentielle de 2006, a quitté la RDC pour le Portugal le 11 avril 2007
sous escorte de blindés de l'ONU, près de trois semaines après de sanglants
combats dans Kinshasa entre sa garde rapprochée et l'armée.
Jean-Pierre Bemba est la quatrième
personne arrêtée par la CPI. Les quatre suspects sont tous des Congolais (RDC),
mais les trois compatriotes de M. Bemba ont été arrêtés dans le cadre de l'enquête
du procureur sur les crimes commis en RDC.
M. Moreno-Ocampo enquête également en Ouganda et au Darfour.
AFP