Entretien avec l’écrivain Gaspard NSAFOU
Actuellement Directeur
administratif et financier de l’Agence de régulation de l’aval pétrolier, Dr.
Gaspard NSAFOU est rentré au Congo servir son pays. Pendant une vingtaine d’années,
il a évolué en France o๠il a été professeur d’économie et de droit, récemment
professeur de management d’organisation et de communication et d’information.
Homme de lettres, ses essais arquent le public par la profondeur des analyses
et le courage de la thématique abordée.
Le tout dernier de ses essais intitulé : «Les cinq grandes figures
de la conscience noire au XXème siècle. Des héros au manteau de nuit », met
en valeur l’héroïsme dont ont fait montre ces aines. Aimé Césaire, mort, nous
sommes rapprochés de Gaspard NSAFOU, l’un des Congolais à avoir eu la
chance de rencontrer ce grand homme,
tout dernièrement.
Comment êtes-vous arrivé à rencontrer
Aimé Césaire, cette figure emblématique que des curiosités au monde
fantasmaient de voir mais n’ont jamais eu autant de chance ?
Je vais en Martinique depuis une
vingtaine d’années. J’ai des attaches familiales par le biais de mon épouse,
qui est d’origine martiniquaise. J’ai rencontré l’homme quand il était encore
Maire de Fort-De-France. C’était au bas de l’immeuble
de l’Hôtel de ville.
J’ai essayé de l’aborder et de
discuter avec lui. Il m’a accordé quelques minutes, alors que son chauffeur l’attendait.
Ce jour là , il
m’avait
demandé d’o๠je venais et je lui avais répondu que j’étais Africain de
nationalité congolaise. Son intérêt pour moi était surtout de me savoir
Africain. Non seulement il aimait l’Afrique, puisqu’il avait toujours pensé que
c’était ses origines, qu’il venait de là , mais
aussi il était fasciné de savoir comment
les choses se passaient en Afrique. Prenant congé de moi, il m’avait dit de
passer le voir à son bureau. J’ai essayé de passer, mais c’était très difficile.
J’ai eu la chance de rencontrer un de ses disciples, qui avait un amour
passionné de l’Åuvre de Césaire. C’était un médecin
qui est décédé il y a de cela trois ans. C’est lui qui m’a
mis en
contact avec le Secrétariat d’Aimé Césaire. C’était en août 1995, quand je m’étais
rendu en Martinique avec ma famille. A cette époque, je commenà§ais
déjà à rédiger mon essai sur le Congo, intitulé : «Congo de la
Démocratie à la démocrature». J’avais tous les éléments
pour rédiger le livre qui a été publié un an après.
Vers la fin du mois d’août 1995,
Aimé Césaire a accepté de me recevoir. La veille, il avait eu un cyclone qui
avait fait des dégats importants dans la ville. Je n’avais
jamais vécu ce phénomène. Face à
cette situation, je me demandais si le lendemain, Aimé Césaire pouvait encore
me recevoir. C’était le 30 août. Malgré cette appréhension, je suis parti. J’étais
dans une commune qu’on appelle «Okloune morne», située
un peu à l’intérieur de la Martinique. Je me suis rendu et dès que je
suis arrivé, sa secrétaire m’a annoncé.
Il a tenu à me recevoir
alors qu’il était en pleine réunion au cours de laquelle il fallait trouver de
solutions pour les habitants qui avaient été victimes des intempéries entraînées
par le cyclone. Quand je suis entré,
malgré ces préoccupations majeures, Aimé Césaire m’a reà§u.
Il a tenu parole. Aimé Césaire était très simple, très sympathique et très
ouvert. Contrairement, quand on regarde ses convictions, c’était quelqu’un très
ferme.
Avec lui, nous avions parlé de la
culture. Comme j’avais sur moi les deux tomes de la revue â’Les Tropiques’’ dans laquelle il a publié quand
il était rentré en Martinique, il m’a dédicacé les deux ouvrages. Pour moi, c’était
fabuleux. Parce que j’ai rencontré un monument. Il a bercé mon enfance quand j’étais
au lycée. J’ai appris par la littérature négro-africaine, puisque j’étais en série
littéraire. C’est à travers ses Åuvres
que j’ai commencé à le connaître, précisément à travers la Négritude.
Tout ce que je dit aujourd’hui est un peu grà¢ce à
tout ce qu’il a donné :
â’Discours
sur le colonialisme’’ ; â’ Cahier d’un retour au pays natal’’.
Tout cela a été une énergie qui m’a galvanisé.
Avoir en face de moi ce grand homme,
pour moi c’&tait comme si j’avais rencontré
un demi-dieu, pour ne pas dire un Dieu.
Pourquoi Aimé Césaire était-il
difficile à rencontrer ? Culte de la personnalité ou occupation ?
Non. Aimé Césaire était un
homme ouvert, je l’ai dit tantôt. Il recevait
des hommes venant du monde entier. Vous ne pouvez pas savoir comment il était
très sollicité. Ce n’était pas une question de fantaisie. D’ailleurs, Césaire n’était
pas quelqu’un de capricieux. Il était très simple, mais compte tenu de son
emploi du temps il était difficile d’avoir accès à lui. Il était déjà
happé plus par les problèmes de la Martinique, et beaucoup plus de Fort-De-France. Vous êtes sans ignorer qu’il était pendant
45 ans député à l’Assemblée Nationale en France. Donc, en lui s’accumulaient
les activités politiques et littéraires. Tout cela l’a beaucoup pris. Même
quand il est parti de la Mairie de Fort-De-France, il
était toujours difficile à le rencontrer. Pour moi, m’avoir reà§u dans ce contexte-là , c’était
très important. Qui plus est, cette visite a été filmée et c’est un document
que je garde
précieusement.
Aimé Césaire, que vous aviez en face de vous en août 1995,
vous a-t-il donné l’impression d’être un homme rebelle, comme ont dit de lui
des autorités franà§aises, à sa mort ?
Non ! Ce n’était pas un
homme rebelle. Peut-être par ses convictions.
Il y a un contexte historique,
politique, culturel et autre qui a faà§onné l’homme. Ce contexte a fait de lui un rebelle. Par
rapport à
cette réalité là ,
il voulait que les choses bougent, que les choses changent. De ce fait, je le
prends pour un héros. Héros de sa communauté d’origine : la Martinique et
les Antilles. Mais, l’homme était simple, très ouvert, apte à la
discussion et au dialogue, donc un homme de l’universel. Il n’était pas un
homme fermé.
Aimé Césaire, homme
multidimensionnel. S’assumait-il avec la même élégance en politique qu’en littérature ?
Il était toujours présent dans
tous les domaines. Je vous renvoie à un livre de Moutou
Sany, un écrivain
guadeloupéen réputé, qui a consacré un ouvrage sur l’activité politique et
parlementaire d’Aimé Césaire. Dans ce livre, publié par les éditions L’Harmattan,
vous découvrirez combien l’homme était vraiment fort, énergique et défendait le
département d’Outre-mer, en général et la Martinique en particulier. Sur le
plan littéraire, vous pouvez voir des pièces de théà¢tre
comme : â’La tragédie du Roi Christophe’’, un chef d’Åuvre ; â’Une saison au Congo’’, la
peinture du